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Powerwolf : retour sur l’expérience

En quinze ans d’activité depuis leur premier album Return In Bloodred, Powerwolf représente l’une des plus belles ascensions que la scène heavy metal actuelle ait connues. Il faut dire que la meute a su très vite trouver les arguments et un concept fort, avec son style reconnaissable, sa pléthore de tubes, ses prestations énergiques, ses visuels soignés, etc. Après quinze ans et sept albums, le moment semblait donc propice pour faire un premier bilan sous la forme d’un best of, Best Of The Blessed, dans lequel les plus anciens morceaux ont profité d’un rafraîchissement en passant par la case réenregistrement, histoire d’également proposer de la nouveauté.

Nous avons contacté le guitariste Matthew Greywolf, qui est actuellement en train de plancher sur un huitième album, afin de parler de Best Of The Blessed, mais aussi de faire un petit bilan et de revenir sur la création de l’entité et du concept Powerwolf et son histoire personnelle. Car si Powerwolf a sorti son premier album en 2005, Matthew Greywolf – ou Benjamin Buss de son vrai nom – avait déjà une longue carrière derrière lui, avec Flowing Tear, duquel Powerwolf a en partie hérité son côté gothique, et le groupe de stoner Red Aim qui a été, en quelque sorte, l’ancêtre de Powerwolf.

« Si quelqu’un me demande : ‘Qu’est-ce qu’il faut pour former un groupe ?’, je répondrai : ‘Ne cherchez pas des musiciens, cherchez vos meilleurs amis, et essayez de composer de la musique avec eux.’ »

Radio Metal : Généralement, la sortie d’un best of symbolise un jalon pour un groupe. Quel genre de jalon Best Of The Blessed symbolise-t-il pour Powerwolf ?

Matthiew Greywolf (guitare) : C’est une question très difficile. Je n’y ai pas encore réfléchi en ces termes ! [Rires] Laisse-moi te raconter comment nous avons pensé à l’album best of. Par le passé, notre maison de disques nous a fréquemment demandé : « Ça vous dirait de sortir un best of ? » Nous leur avons toujours répondu : « Arrêtez, on vient à peine de commencer ! Attendons qu’on ait un peu plus d’histoire. » L’année dernière, ils nous ont dit : « Ce sera votre quinzième anniversaire en tant que groupe, vous avez sorti sept albums… Qu’est-ce que vous en dites ? » Nous ne l’avions pas réalisé parce que nous étions toujours occupés sur des projets – nous étions en tournée, puis nous faisions un album… On ne se rend pas compte à quel point le temps passe vite ! Maintenant que ça fait quinze ans, nous trouvions que ça faisait un gros chapitre, donc il était peut-être temps de faire un best of. Mais pour moi, ça ne veut pas dire que c’est un chapitre que nous sommes en train de fermer pour en ouvrir un autre. C’était plus que nous trouvions qu’après quinze ans, nous pouvions nous permettre de sortir un best of. L’autre truc, c’est qu’avec les deux derniers albums, nous avons gagné pas mal de nouveaux fans. Ils ont connu Powerwolf avec des albums comme The Sacrament Of Sin, et leur donner un best of, ça revient un peu à leur dire : « Voilà ce que nous avons aussi fait. »

Quels étaient vos critères pour choisir les chansons de ce best of ?

L’idée était que chaque membre du groupe devait faire une liste, et l’idée de la liste, c’était : « Imagine que nous avons un concert à donner dans un festival, et nous avons soixante minutes de set. Quelles chansons devrait-on jouer ? » C’est ce que nous avons fait. Je m’attendais à ce qu’il y ait de grosses querelles mais, à ma grande surprise, les listes de chacun d’entre nous étaient plus ou moins les mêmes. C’était drôle !

A l’occasion de ce best of vous avez retravaillé et réenregistré sept chansons issues des quatre premiers albums de Powerwolf. Qu’avez-vous voulu apporter à ces nouvelles versions ?

C’est une idée qui est née après un excès de bière, probablement… [Rires] En fait, nous étions en tournée, un soir, tard, dans le bus, nous avons parlé de ce que nous voulions faire avec le best of. Nous étions d’accord pour dire que ce serait trop ennuyeux de se contenter de compiler les chansons originelles : « Il faut qu’on fasse un truc bizarre, quelque chose de spécial ! » Je crois que c’est Attila qui a dit : « Les gars, pourquoi on ne réserve pas un studio pour réenregistrer des chansons ? » Nous avons tous dit : « Ouais, c’est une super idée, on y va, on fait ça ! » Le lendemain matin, nous avions la gueule de bois, évidemment, et nous trouvions tous que c’était une idée vraiment bizarre, mais nous étions d’accord pour le faire. Ça nous paraissait intéressant, alors autant essayer. Nous étions aussi tous d’accord pour dire que si jamais, quand nous étions en studio, nous trouvions ça trop étrange, nous laisserions tomber l’idée. Il se trouve que nous nous sommes beaucoup amusés à rejouer ces chansons en studio. Laisse-moi expliquer l’idée d’une des chansons. « Werewolves Of Armenia » est l’une des chansons que nous avons réenregistrées. Dans l’original, en 2008, quand nous avons écrit l’album Bible Of The Beast, c’était la dernière chanson que j’ai finie, deux jours avant d’aller en studio. Nous n’avions donc pas le temps de vraiment entrer dans les détails de la chanson. Nous l’avons enregistrée parce que je voulais vraiment qu’elle apparaisse sur l’album, et je suis content que nous l’ayons fait parce c’est devenu l’une des chansons préférées des fans, ainsi que du groupe, mais j’ai toujours trouvé que la version sur l’album était un peu trop statique. A chaque fois que nous jouions cette chanson sur scène, je me disais que ce serait super si l’original possédait cette énergie que créait l’interaction entre le public et le groupe. Maintenant que nous sommes retournés en studio pour la réenregistrer, nous avons essayé de capter cette énergie et de la remettre dans la version studio. C’était assez intéressant.

Vous prenez souvent des décisions pendant une soirée arrosée ?

Parfois oui ! [Rires]

Quelle a été la plus grande décision que vous ayez prise en étant ivres ?

Probablement le fait de former le groupe ! [Rires] Je veux dire que parfois c’est bien de prendre des décisions spontanément. Quand on est dans un groupe, tout du moins pour Powerwolf, on est les meilleurs amis : nous faisons la fête ensemble, nous nous amusons ensemble et parfois c’est dans ces moments que naissent les meilleures idées. Les meilleures idées ne sont souvent pas celles qu’on a quand on est assis devant un l’ordinateur à réfléchir en détail aux choses. Parfois, les idées que tu trouves pendant que tu fais la fête sont les meilleures.

La chanson qui a été probablement la plus retravaillée est « Kiss Of The Cobra-King » tirée de votre premier album Return In Bloodred. Comment avez-vous abordé cet exercice, quinze ans plus tard ?

Il se trouve que « Kiss Of The Cobra-King » était l’une des premières chansons que nous avons écrites quand nous avons commencé le groupe. A cette époque, nous étions encore très influencés par… appelons ça le rock, comme Deep Purple, Rainbow, des trucs de hard rock. Donc la version originale de « Kiss Of The Cobra-King » est une chanson relativement pas metal. Malgré tout, nous l’aimons, bien sûr. Nous l’avons jouée de temps en temps en concert, au fil des années, et nous trouvions que c’était une bonne chanson, mais il manquait quelque chose : il nous manquait l’énergie, le côté un peu plus tranchant. Donc lorsque nous étions en train de choisir les chansons pour le best of, sachant déjà que nous allions réenregistrer des chansons, nous avons eu l’idée : « Pourquoi ne pas prendre la ligne de refrain de ‘Kiss Of The Cobra-King’ en essayant de réécrire la chanson, comme nous le ferions en 2019 ? » Voilà en résumé quelle a été notre approche.

« Nous avons eu l’idée – de faire du heavy metal mélodique mais en utilisant du maquillage comme le font les groupes de black metal – et plein de gens nous ont dit : ‘Ça ne va pas marcher. C’est ridicule. Quel intérêt ?’ Mais nous étions hyper-convaincus et nous n’en avions rien à faire. »

« Kiss Of The Cobra-King » est en fait la seule chanson issue de Return In Bloodred. Est-ce que ça veut dire que vous n’êtes pas trop fans de ce premier album ?

C’est dur à dire. Je ne le qualifierais pas de temps fort, mais peut-être que je le qualifierais d’album de Powerwolf le plus important. Pour expliquer ça, je dois parler du contexte quand nous avons commencé. Nous n’avions pas de vision complète ; nous savions que nous voulions créer quelque chose de très spécial, avec un côté visuel très fort, une dimension sombre et mystérieuse associée au metal, mais c’était une aventure : nous découvrions un peu comment écrire de la musique ensemble. Quand les premières chansons ont été écrites, comme « Kiss Of The Cobra-King » et « Mr. Sinister », nous étions tellement excités par ce que nous étions sur le point de créer que nous avons spontanément réservé le studio, bien plus tôt qu’on ne le ferait normalement. Normalement, le groupe écrit un album et ensuite, on voit si on peut trouver un studio. Mais nous avons procédé en sens inverse : nous avons commencé à écrire les chansons et nous sentions que quelque chose de très spécial était en train de se produire, une magie, et nous voulions capturer ça. Nous avons donc enregistré Return In Bloodred en même temps que nous étions en train de l’écrire – nous avons été en studio après trois mois de composition. Ce qui est intéressant, quand j’écoute cet album aujourd’hui, c’est que j’ai l’impression que nous étions en train d’expérimenter, et nous avons simplement enregistré ces expérimentations. C’étaient les premiers pas du groupe.

Avant Powerwolf, tous les membres du groupe faisaient partie d’un groupe typé stoner rock qui s’appelait Red Aim, que tu as toi-même fondé en 1995. Malgré le gros écart de style, comment ce groupe a-t-il posé les bases de Powerwolf ?

Ma perception de ce qui fait un groupe, ce n’est pas le style, ce n’est pas le sens musical – c’est l’amitié. Je peux dire que les gars dans Powerwolf sont mes meilleurs amis, et je pense que tout le monde dirait la même chose. C’est la base la plus importante d’un groupe. Les choses que nous avons faites ensemble avant Powerwolf faisaient partie de cette base. Si quelqu’un me demande : « Qu’est-ce qu’il faut pour former un groupe ? », je répondrai : « Ne cherchez pas des musiciens, cherchez vos meilleurs amis, et essayez de composer de la musique avec eux. » Car c’est ce qu’il faut. Si je pense à l’histoire du groupe et à ce qui compte le plus, c’est notre amitié.

C’est un point de vue intéressant, car on entend aussi parfois le point de vue inverse, c’est-à-dire : quand on fait de la musique, on n’est pas obligés d’être amis, il faut surtout avoir une alchimie musicale. C’est souvent l’approche américaine d’un groupe…

Je pense qu’il y a des similarités dans ce qu’ils veulent dire. Ça n’aide pas si mon meilleur ami est un footballeur et j’essaye de le convaincre de faire de la musique avec moi. Evidemment, il faut que ça « colle » musicalement parlant. Mais si on en revient à l’amitié, c’est un truc qui est super important. Si ton groupe existe depuis longtemps, tu vas rencontrer des situations où tout le monde n’est pas content de tout, mais comme notre base est l’amitié, si quelqu’un propose une idée, disons… Enfin, ce n’est jamais arrivé, car nous sommes une bande de mecs super joyeux ! Mais s’il est question d’une décision à prendre dans le groupe : par exemple, Attila n’aime pas travailler sur une chanson donnée, nous sommes les meilleurs amis, donc la question ne se pose même pas. Certains groupes se séparent parce qu’ils ont des visions musicales différentes. Quel est l’intérêt ? Quand je suis dans un groupe avec de bons amis, je me fiche des différends musicaux. Mais ce n’est qu’hypothétique parce que nous n’avons aucun différend !

Comment la transition de Red Aim à Powerwolf s’est-elle passée ?

Eh bien, je ne peux pas te dire. A un moment donné, il y avait des idées qui tournaient qui étaient tout simplement du Powerwolf et c’est ainsi que Powerwolf est né. La vision que nous avions était si forte qui ça a un peu éradiqué tous les autres trucs auxquels nous avions pensé avant. L’idée était née et à compter de cet instant, nous étions tellement convaincus par ce que nous avions en tête pour Powerwolf… Je dis toujours aux gens que pour poursuivre une telle vision, il faut être obstiné, il faut vraiment s’attacher à cette idée et se ficher totalement du reste – c’est probablement ce que nous avons fait. Nous avons eu l’idée – de faire du heavy metal mélodique mais en utilisant du maquillage comme le font les groupes de black metal – et plein de gens nous ont dit : « Ça ne va pas marcher. C’est ridicule. Quel intérêt ? » Mais nous étions hyper-convaincus et nous n’en avions rien à faire.

Justement, comment l’idée ou même le concept de Powerwolf est-il né ?

Je ne m’en souviens plus ! [Rires] C’était là, c’est tout ! Nous avions ces idées de chansons, la vision de faire ça… Tout le concept n’était pas encore là de long en large, mais si on regarde notre discographie, la manière dont notre composition, et tout le reste, s’est développée, on peut voir que ce concept a été façonné au fil des années. Ce qui était là très tôt était l’idée de faire quelque chose qui se démarquerait, y compris visuellement. Nous sommes tous de grands fans d’Iron Maiden. Je peux seulement parler pour moi, mais quand j’ai découvert ce qu’Iron Maiden faisait sur scène, avec toute la production et tout, c’était le genre vision que je voulais réaliser un jour, et c’est ce que nous avons poursuivi dès le début. Je considère Powerwolf comme une expérience qui dépasse la musique. Bien sûr, la musique est le principal, et c’est important mais pour moi… Quand j’ai pour la première fois mis la main sur un album live d’Iron Maiden, c’était le Live After Death – j’avais peut-être onze ans –, je me suis dit : « C’est plus grand que la musique, c’est du théâtre, c’est du divertissement. » C’est grosso modo la perception que nous avons avec Powerwolf également : depuis le début, c’était la musique, les costumes, les décors de scène, c’était toute l’expérience. C’est encore comme ça que nous pensons le groupe.

« Je ne me suis jamais considéré comme un guitariste. […] J’écris des chansons, je joue des chansons, mais je me fiche un peu de me définir comme un guitariste. »

Le nom du premier album, Return In Bloodred, était-il un clin d’œil à Red Aim, d’une certaine manière ?

Je ne sais pas, nous n’y avons pas pensé, honnêtement. Le côté « retour » faisait plutôt référence aux mythologies – Attila s’intéresse beaucoup à tout ça et il trouvait qu’écrire à propos de mythologie faisait revivre la mythologie à travers la musique. C’était notre approche, c’est pourquoi nous avons utilisé le terme « retour ». Toutes ces anciennes histoires, ces événements historiques de la chrétienté datent d’il y a des siècles, et nous voulions les remettre au gout du jour en écrivant à leur propos.

A partir de 1994, tu as fait partie pendant vingt ans d’un groupe de gothique/doom metal qui s’appelait Flowing Tears et qui s’est plus ou moins arrêté avec l’album Thy Kingdom Gone en 2008 quand Powerwolf a commencé à décoller. Quel est ton sentiment sur ce groupe avec le recul ?

J’en suis super reconnaissant. C’était une excellente expérience et de la très bonne musique. Tout ça fait partie d’une sorte d’aventure musicale, je dirais. Cette musique appartient à cette époque et à ces gens qui l’ont écrite et jouée, et je suis vraiment très reconnaissant d’avoir fait partie de tout ça, de ces scènes, de ces tournées que nous avons faites à l’époque… C’étaient des expériences fantastiques. Mais il n’y a pas eu d’« arrêt » – nous ne nous sommes jamais séparés. Je n’ai jamais eu un sentiment de séparation. C’est quelque chose qu’on fait quand on déteste les gens ou la musique, or ce n’est pas le cas ici. L’aventure dans laquelle nous sommes avec Powerwolf aujourd’hui est un tel rêve devenu réalité et c’est tellement énorme… C’est le genre de chose qui n’arrive qu’une fois dans une vie, donc bien sûr, nous nous consacrons à cent vingt pour cent à Powerwolf. Mais on ne sait jamais ce qui va se passer. Ça ne veut pas dire que je ne vais pas un jour créer à nouveau de la musique différente. Actuellement, Powerwolf me prend toute mon énergie, et parfois même plus que toute mon énergie.

Si on y pense, il y a clairement des teintes gothiques dans Powerwolf. Donc, même si ces groupes sont très différents, vois-tu un lien entre Flowing Tears et Powerwolf ?

Parfois, oui, bien sûr. Il y a un côté fortement atmosphérique dans Powerwolf et ça pourrait provenir de l’héritage gothique que j’ai amené. C’est bien possible. Powerwolf était dès le début basé sur la mythologie sombre et des atmosphères sombres. C’est l’un des éléments qui n’est probablement pas typique du power metal. Donc oui, je pense que ça vient de moi et peut-être aussi de Falk Maria, avec son orgue d’église. C’est l’un des ingrédients atmosphériques de base. Pour moi, l’orgue d’église apporte un côté gothique très prononcé.

D’ailleurs, des chansons comme « The Evil Made Me Do It » et « Lucifer In Starlight » ont un côté vraiment doom : était-ce la marque de ta transition entre Flowing Tears vers ce que Powerwolf était en train de devenir ?

Je ne crois pas. Le côté doom sur le premier album, et aussi le second album, était probablement dû au fait qu’à l’époque, nous étions très influencés par Black Sabbath et Candlemass. C’étaient les groupes que nous écoutions fréquemment quand nous traînions ensemble, donc ça nous a probablement influencés. Evidemment, j’ai un héritage musical riche et j’ai écouté toute sorte de heavy metal depuis mes onze ans, c’est-à-dire il y a des lustres. Je porte toutes ces influences avec moi.

Tu as été dans un groupe de stoner et dans un groupe de gothique/doom, et maintenant tu officies dans un groupe plus orienté heavy metal, mais avec quelle type de musique as-tu grandi ? Peux-tu nous parler un peu de ton éducation musicale ?

En fait, le premier album à m’avoir mis dans le bain du rock, voire du metal on peut dire, c’est Love At First Sting de Scorpions. Je me souviens que j’avais six ans, et mon père a écouté cet album dans sa voiture pendant toute une année ! C’était la musique qui m’a appris la notion du rock fait main. La seconde chose la plus importante était une cassette que j’ai eue quand j’avais onze ans : sur une face il y avait Seventh Son Of A Seventh Son d’Iron Maiden et sur l’autre face Diary Of A Madman d’Ozzy Osbourne. Ces deux albums sont encore à ce jour mes deux préférés, parce qu’ils m’ont mis au heavy metal et m’ont donné envie de faire de la guitare. Ensuite, encore aujourd’hui, je suis un grand fan de bon death metal. Dans les années 90, je me suis intéressé à plein de groupes qui étaient en train de s’émanciper du pur death metal, comme Paradise Lost, Tiamat, Moonspell… Tous ces groupes qui avaient ce côté gothique et ouvraient le heavy metal à des approches plus atmosphériques. Le fait d’associer des atmosphères et le heavy metal était une fusion que je trouvais très intéressante. En gros, je dirais que les ingrédients qui font le son de Powerwolf sont l’atmosphère et le heavy metal.

Comment as-tu façonné ton style en tant que guitariste ? Qui ont été tes héros ?

Randy Rhoads et Michael Schenker. Les classiques ! Ceci dit, étonnamment, je ne me suis jamais considéré comme un guitariste. Je n’ai jamais été le genre de guitariste à vouloir devenir super bon techniquement ou capable de jouer des solos de dix minutes. Ça ne m’a jamais intéressé. Je me suis toujours vu comme une partie d’un groupe, et il se trouve que je suis celui qui tient la guitare [rires]. Encore à ce jour, c’est comme ça que je me sens : j’écris des chansons, je joue des chansons, mais je me fiche un peu de me définir comme un guitariste. Reste que j’aime avoir un style reconnaissable. Il y a peu de guitaristes… Si tu écoutes Randy Rhoads, en l’occurrence, il a un style très défini. On peut tout de suite reconnaître que c’est Randy Rhoads qui joue. Si j’écris des leads ou des solos, j’ai envie de créer quelque chose qui améliore la chanson. Je ne vois pas l’intérêt de cette pratique héritée des années 80 consistant à donner au guitariste une minute de solo pour qu’il frime. Pour moi, le jeu de guitare doit améliorer la chanson, lui apporter une mélodie supplémentaire ou donner aux gens quelque chose à chanter en chœur. C’est ma manière de voir le rôle de la guitare.

Powerwolf se base beaucoup sur les codes religieux pour construire l’image du groupe. Avez-vous étudié les habitudes et codes religieux pour vous en inspirer ?

Nous n’avons pas étudié en profondeur, mais oui, nous nous intéressons tous à ce genre de chose. Si tu me demandes quelle est mon attitude envers les religions, je dirai que je suis fasciné, ce qui est un point de vue différent que de dire « je suis religieux ». Ça me fascine, que ce soit l’architecture, la littérature ou l’histoire qui vont avec la religion. Ça ne veut pas dire que je touche à l’aspect de la foi. C’est super intéressant et je pense que tout le monde dans le groupe s’intéresse beaucoup à ce type de chose. Voilà comment, assez naturellement, nous en sommes venus à écrire à ce sujet.

« Je ne vois pas l’intérêt de cette pratique héritée des années 80 consistant à donner au guitariste une minute de solo pour qu’il frime. Pour moi, le jeu de guitare doit améliorer la chanson, lui apporter une mélodie supplémentaire ou donner aux gens quelque chose à chanter en chœur. »

Avez-vous songé à faire un concert dans une église ?

Oui, mais… Ce n’est pas facile. Je comprends que, vu que nous jouons beaucoup avec les symboles, en touchant parfois même au satanisme… Nous ne prenons jamais position sur quoi que ce soit de religieux, mais je comprends bien que tout notre concept est un peu too much pour que les églises actuelles nous permettent de jouer entre leurs murs.

Un autre groupe a eu un grand succès en s’étant construit tout un univers basé sur des codes religieux : Ghost. Musicalement, c’est très différent, mais que penses-tu de ce groupe ?

Je dois admettre que je suis un grand fan de Ghost, mais étrangement, je n’ai découvert ce groupe qu’avec leur dernier album – c’était le premier album que j’ai entendu – Prequelle. J’étais totalement stupéfait par ce qu’ils font. J’adore absolument ce groupe. Mais je suis content que tu précises que c’est assez différent, parce que c’est le cas. En fait, plein de gens nous parlent de nos similarités avec Ghost, mais je trouve que musicalement, il y a vraiment très peu de similarité dans le style et l’approche. Ghost, pour moi, c’est un genre de pop rock – je dis ça de manière positive. Ce groupe n’a pas un côté heavy metal.

Le best of sort en édition limitée avec un nouvel album live. Penses-tu que le live est l’environnement de prédilection de Powerwolf ?

C’est dur à dire. Je pense que les deux sont aussi importants l’un que l’autre – être en studio, écrire des chansons, enregistrer des albums, c’est une facette, et l’autre facette, qui est tout aussi importante, c’est jouer en live, évidemment, car Powerwolf est aussi un groupe visuel et qui est dans l’interaction. C’est pourquoi nous avons vraiment voulu avoir un disque live sur le best of. A l’origine, le plan était de sortir un album live et un album best of, mais nous avons insisté pour sortir les deux ensemble, parce que pour moi, un best of doit être le produit que je donne à quelqu’un qui ne sait pas ce que je fais et qui veut savoir ce qu’est mon groupe. Donc je trouvais qu’il fallait qu’un album live soit compris dedans. En live, il y a tellement d’interactions entre les fans et le groupe qui permettent aux chansons de prendre vie que c’est très important de montrer aux gens cet aspect.

Parfois les musiciens ont une relation d’amour-haine avec l’environnement studio et ont du mal à gérer la pression de l’enregistrement. Qu’en est-il de toi ?

Je ne ressens pas de pression quand j’enregistre. Evidemment, tu sais qu’il faut être productif et finir les choses, mais je me sens toujours comme un enfant dans un magasin de jouets quand je suis en studio, car je peux concrétiser mes visions, je peux essayer des choses et j’ai un environnement dans lequel ma musique sonne super bien ! Ce n’est donc pas de la pression. La pression que nous ressentons vraiment en enregistrant est plutôt celle que nous nous donnons nous-mêmes. Je pense pouvoir parler pour tout le groupe quand je dis que nous apprécions beaucoup être en studio.

Quel album de Powerwolf a été le plus difficile à réaliser ?

Je pense que c’était Bible Of The Beast. Pas parce que les compositions étaient très dures… Ce n’était pas un album difficile, musicalement, mais sur le plan personnel c’était difficile parce que c’était l’époque du seul changement de line-up que nous ayons jamais connu, c’est-à-dire quand Stéfane Funèbre a quitté le groupe. Il ne voulait pas partir, mais il avait beaucoup de problèmes de santé à l’époque, et il est devenu père pour la première fois… Cette période était assez dure pour nous parce que nous ne gagnions pas le moindre argent avec ce que nous faisions, alors que nous y investissions tout notre temps et tous nos efforts… Nous étions très bons amis avec lui, et c’est encore le cas aujourd’hui. En tant qu’amis, nous avons dû prendre la décision : « C’est mieux que tu te mettes en retrait et que tu t’occupes de ta vie au lieu de te détruire en restant dans le groupe. » C’est plus ou moins arrivé pendant l’enregistrement de l’album. C’était un processus qui était un gros nuage noir planant sur la réalisation de cet album. D’un côté, nous savions que nous tenions notre meilleur album à ce jour, ça nous enthousiasmait beaucoup, mais de l’autre, nous savions qu’une fois l’enregistrement terminé, nous allions devoir affronter le fait que Stéfane allait probablement quitter le groupe pour son propre bien. Voilà pourquoi je me remémore cet album comme étant le plus dur.

De quel album es-tu le plus fier ?

Je pense que je dois en nommer deux. D’abord, c’est Lupus Dei parce que, pour moi, c’est l’album avec lequel la marque de fabrique sonore de Powerwolf est réellement née. C’était le premier album sur lequel nous avons travaillé avec un orgue d’église, avec des arrangements de chœur, etc. Je me souviens qu’à l’époque où nous l’avons enregistré, j’étais tellement excité que je pouvais à peine dormir durant la production, car je me disais : « C’est bon, c’est ce que nous recherchions depuis longtemps. » L’autre album dont je suis hyper-fier, c’est le dernier, Sacrament Of Sin. C’était le premier album que nous avons fait sans Fredrik Nordström à la production. Il a fait six albums avec nous, et Sacrament Of Sin était le premier pour lequel nous avons changé de studio et de milieu d’enregistrement, et ça donnait l’impression de recommencer de zéro. L’enregistrement et la production de cet album avec Jens Bogren étaient une période très intense. Je suis assez fier de la manière dont cet album a apporté de nouveaux aspects au son de Powerwolf et, à la fois, dont nous sommes parvenus à faire que ça sonne typiquement Powerwolf.

« . Si tu me demandes quelle est mon attitude envers les religions, je dirai que je suis fasciné, ce qui est un point de vue différent que de dire ‘je suis religieux’. »

De quelle chanson es-tu le plus fier ?

C’est une question très difficile… Peut-être « Where The Wild Wolves Have Gone », simplement parce que c’était une énorme expérience. Je suis un grand fan de ces ballades rock classiques et un peu kitsch. Jusque-là, je n’avais jamais osé écrire une vraie ballade pour Powerwolf. En fait, un jour, en tournée, j’ai confessé à Attila que j’étais un grand fan de ballades rock, et il m’a fait la même confession ! Nous avons donc décidé : « Allez, on va un jour écrire une de ces grandes ballades bien kitsch », et c’est ce qu’est devenu « Where The Wild Wolves Have Gone ». Je n’étais pas sûr si cette chanson allait marcher, jusqu’à ce que nous la jouions en concert pour la première fois, et tout le monde agitait ses bras. J’avais la chair de poule, c’était incroyable. C’était un moment pendant lequel j’étais très fier de cette expérimentation que nous avions faite, car les gens auraient pu détester la chanson : « Allez, on aime le heavy metal, arrêtez de jouer des ballades émotionnelles ! » Mais c’est devenu une des chansons préférées des fans, et j’en suis très fier.

De quelle chanson n’es-tu pas tellement fier ?

Je ne sais pas. Il y a évidemment des chansons que je ne réécrirais pas aujourd’hui. Mais je suis fier de tout ce que j’ai fait, d’une certaine façon, parce que je l’ai fait. Au moment où je l’ai fait, j’étais super excité. Mais si tu me demandes s’il existe une chanson dans l’histoire de Powerwolf que je n’aime pas trop écouter, ce serait « Son Of The Morning Star », qui est la dernière chanson dans Return In Bloodred. C’était une énorme expérience, nous avons essayé de faire appel aux compétences vocales classiques d’Attila, mais peut-être que ça a été fait trop spontanément. Avec le recul, nous aurions pu faire bien plus avec cette chanson. C’est probablement la seule chanson de Powerwolf qui ne contient aucune guitare. Aujourd’hui, je dirais : « C’est une ébauche de chanson. » Nous aurions dû lui accorder plus de temps et intégrer tout le groupe. C’est donc peut-être une des chansons dont je regrette un peu la version originale. Mais ça fait quand même partie de notre histoire, donc pas de problème !

Quelle chanson représente le mieux ce qu’est Powerwolf ?

C’est très dur [rires]. Si je devais en choisir une, peut-être que je dirais – aussi à cause du titre – « Blessed & Possessed », car c’est vraiment ce qui décrit le mieux ce que nous sommes : « bénis » d’être ensemble dans ce groupe, et ça représente aussi le côté épique du groupe, et « possédé » représente la folie, le côté heavy metal, la fête qu’est Powerwolf.

Quelle chanson est la plus dure à jouer ?

Probablement celles qui sont très rapides, comme peut-être la chanson éponyme de Sacrament Of Sin ou alors « Christ And Combat ». Ces chansons de heavy metal très rapides, avec du shred, me donnent toujours du fil à retordre lorsque je les joue. En live, j’adore bouger et courir partout sur scène, et ce genre de chanson est quasi impossible à jouer en courant. Elles peuvent être casse-couilles certains jours, en concert.

Quel est ton riff de Powerwolf préféré ?

Je pense que c’est le riff d’ouverture de « Sanctified With Dynamite ».

Quel est ton solo de guitare préféré ?

J’adore le solo de « When The Saints Are Going Wild », la dernière chanson sur Blood Of The Saints, peut-être à cause du moment où je l’ai enregistré. Nous étions en studio, et je n’avais pas terminé cette chanson. Je savais qu’il devait y avoir un solo dessus, mais je n’avais pas encore trouvé la bonne idée et j’étais assez nerveux parce que c’était l’un des derniers jours d’enregistrement pour la guitare et je savais qu’il y avait environ trente secondes de solo qui n’étaient pas encore écrites. Je me rongeais les ongles en essayant d’écrire un bon solo pour ce passage. Je me souviens m’être levé en pleine nuit parce que j’avais une idée de solo, et j’ai été directement au studio. Je vivais dans le studio à l’époque, le temps de l’enregistrement, et j’ai été directement à la salle d’enregistrement et j’ai commencé à jouer. J’ai enregistré l’ébauche initiale de ce solo à quatre heures du matin. Le lendemain matin, je n’étais pas sûr : « Est-ce que tu as fait ça ou bien tu as rêvé d’avoir fini ce solo ? » Peut-être que je voulais juste qu’il soit fini et que je l’avais rêvé ! Mais je suis retourné au studio et j’ai vu que la dernière fois que l’ordinateur avait été allumé, c’était à quatre heures trente du matin, donc ce n’était pas un rêve. J’ai écouté le solo et j’ai eu la chair de poule en écoutant mon propre solo, ce qui m’arrive rarement. C’était un moment assez magique et c’est pourquoi j’aime encore ce solo.

Vous avez commencé à composer votre huitième album. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui, en abordant ce nouvel album ?

Mon état d’esprit actuellement est assez unique, comme pour tout le monde dans la situation qu’on vit aujourd’hui. A la fois, là tout de suite, notre état d’esprit par rapport à la composition est assez enthousiaste. Peut-être parce que c’est tout ce qu’il reste à faire ! On sait tous qu’il n’y aura probablement pas de concert tout le reste de l’année. Presque tout est impossible en ce moment, mais ce qui est possible, c’est d’être créatif. En ce moment, je me sens très reconnaissant de pouvoir être créatif, car c’est ce que je peux faire. Actuellement, je travaille beaucoup avec Attila sur de nouvelles chansons et c’est hyper-excitant. Peut-être parce que justement, il n’y a rien d’autre à faire que se concentrer là-dessus, mais nous travaillons assez intensément. Nous avons déjà plein de morceaux de chansons excitants qui arrivent. J’ai l’impression que Sacrament Of Sin nous a donné confiance pour élargir nos horizons. C’est l’album le plus varié que nous ayons fait jusqu’à présent, et je pense que c’est ce que nous allons continuer de faire sur le prochain album. Nous sommes actuellement en train d’expérimenter avec plein de dynamiques différentes et autres mais, à la fois, nous avons une vraie marque de fabrique, et ça ne te surprendra pas si je te dis que l’album sonnera très typiquement comme du Powewolf. Ce qui n’empêche pas qu’il inclura de nouvelles expériences excitantes. Vu que tu es français, je peux te dire qu’une des chansons parlera d’une légende française. Je ne vais pas te dire de qui il s’agit ! [Rires] Je pense que cet album sera une superbe aventure ; j’ai hâte de finir ces chansons et d’embarquer dans l’aventure du prochain album.

Interview réalisée par téléphone le 27 mai 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Foucauld Escaillet.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Powerwolf : www.powerwolf.net

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