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U.D.O. – We Are One

U.D.O, le groupe d’Udo Dirkschneider créé en 1987 après la séparation d’Accept est logiquement devenu une figure incontournable du heavy made in Deutschland. Fort d’une discographie de dix-sept albums, U.D.O. a usé jusqu’à la moelle toutes les ficelles d’un genre, en ayant ses coups d’éclat et ses hésitations. Leur dix-huitième œuvre se distinguera inévitablement de ses prédécesseurs. S’il est bien question de heavy metal, We Are One est une collaboration avec le Musikkorps Der Bundeswehr. Soit le groupe de concert des forces armées allemandes, avec qui le chanteur avait déjà collaboré à l’occasion de plusieurs événements, dont le Wacken Open Air 2015.

Une démarche insolite qui voit la bande à Udo Dirkschneider composer les musiques avec le lieutenant-colonel Christoph Scheibling, les compositeurs des forces armées allemandes Alexander Reuber et Guido Rennert, et les deux ex-Accept Stefan Kaufmann et Peter Baltes – autant dire que du monde a été impliqué dans l’entreprise, sans compter l’orchestre lui-même, les chœurs et les divers musiciens impliqués dans la prestation. Surtout, We Are One ne se vautre pas dans des thèmes martiaux pour l’occasion. Il puise son inspiration dans les missions contemporaines des forces allemandes : la protection de l’environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, la dénonciation du racisme, la question des réfugiés et celle plus large du futur, tout simplement. We Are One a au moins le mérite d’impressionner par son ambition.

U.D.O. prend le soin de conserver les éléments les plus marquants de son identité. Le travail avec un orchestre de plus de soixante personnes n’occulte pas des moments de headbanging à l’ancienne, à l’instar de « We Strike Back » et de son riffing cavalier. L’ouverture de l’opus, « Pandemonium » laisse quant à elle apprécier un riffing plus mid-tempo, classique mais efficace. U.D.O. ne recule pas devant la grandiloquence, les chœurs du refrain porté par les cuivres prouvent que We Are One n’entend pas faire les choses à moitié. Le refrain fédérateur de « We Are One » est réalisé dans le même ordre d’idées, une sorte de chant à l’unisson à la gamme optimiste. On pourrait croire que ce procédé serait utilisé avec parcimonie : il n’en est rien. « Love And Sin » fait la part belle au chœur, quitte à effacer le chant d’Udo. À ce titre, la performance du frontman, avec son timbre aigu et éraillé, peut paraître décalée dans le contexte, en particulier sur un titre tel que « Future Is The Reason Why ». Souvent submergée par l’opulence des arrangements, semblant accuser des coups de fatigue, elle participe toutefois au caractère insolite du projet. Un projet qui, on le comprend vite, dépasse le groupe U.D.O. et son frontman : ce dernier est même absent de plusieurs titres, à l’instar de « Blindfold (The Last Defender) » où il est remplacé par la voix féminine de Manuela Markewitz, à la prestation malheureusement clichée, tout juste digne d’un concours Eurovision de cuvée moyenne. Certaines (semi-)instrumentales qui parsèment l’album, comme « Natural Forces », la sautillante « Beyond Gravity » introduite par une cornemuse ou la plus dramatique « Beyond Good And Evil », ont en revanche l’avantage d’être évocatrices.

U.D.O. a profité du caractère à part de We Are One pour s’octroyer de nombreuses libertés, créant un melting-pot parfois déstabilisant. On se fait par exemple surprendre par un saxophone sur « Neon Diamond », très eighties et kitsch au possible avec le retour de Manuela Markewitz au chant avec Udo. On lui préférera le funky « Here We Go Again » avec ses cuivres, son chant rappé signé Udo et son fils Sven, son lead de guitare et sa rythmique groovy à la basse ronflante qui s’apparente à un Trepalium septuagénaire. Pour ce qui est de l’intégration de l’orchestre, elle est réalisée – il faut le reconnaître – avec la subtilité des bande-originales des menus de Dragon Ball Z Tenkaichi, pour les connaisseurs… U.D.O. s’illustre dans le grossier, à l’image de cette introduction percussive de « Rebel Town » ou de la dynamique pesante de « Mother Earth ». Les mélodies conquérantes et le refrain de ce dernier ne manquent pourtant pas d’un cachet fédérateur. « Children Of The World », avec là encore ses percussions et son chœur d’enfants, semble quant à lui marcher lourdement sur les plate-bandes d’un Nightwish.

Ce qu’il faut retenir, c’est surtout l’intention. We Are One est une occasion unique, celle d’entendre des musiciens de heavy s’accorder et se prononcer avec le corps armé contre la montée de l’extrême-droite en Allemagne par exemple (« Pandemonium »). On peut aussi reconnaître qu’il est plutôt rare qu’un groupe s’associe à un orchestre orienté cuivre, plutôt qu’un énième orchestre symphonique, ce qui confère d’emblée à We Are One une certaine originalité sonore. We Are One est alléchant sur le papier et louable pour son dessein. Pour sa musique en revanche, il faut l’aborder avec un certain second degré. Certes le heavy, le power metal et le metal orchestral peuvent se reposer sur des mélodies grandeur nature et des arrangements audacieux, mais U.D.O. joue ici constamment les funambules entre grandiloquence et mauvais-goût. Et parfois, la limite est franchie.

Clip vidéo de la chanson « We Are One » :

Album e Are One, sortie le 17 juillet 2020 via AFM Record. Disponible à l’achat ici

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